Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info


Par Samuel Estefanous
Démystifier l’enseignement supérieur
À la fin des années 90, l’EPRDF a pris une décision historique. Il lui fallait un institut d’enseignement supérieur non seulement respectueux de la Constitution du FDRE, mais capable d’« étoffer » son principe central et définitif : une Constitution des nationalités par nationalités et pour les nationalités. Vous souvenez-vous des célèbres paroles de Lincoln tirées du discours de Gettysburg, qualifiant le système de gouvernement américain de gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple ? La Constitution du FDRE ne donne aucune indication en ce sens !
Cette Constitution n’est pas seulement unique, mais elle constitue une expérience sociale audacieuse visant à fonder et à maintenir une Fédération des nationalités rappelant les sociétés africaines précoloniales. Que cela nous plaise ou non, cela restera dans l’histoire comme unique en son genre et je suis convaincu que les « juristes constitutionnels comparés » continueront à y trouver un nouveau sens et une nouvelle signification, ne serait-ce que pour des raisons et des objectifs académiques. De quoi je parle cependant, c’est une loi suprême en vigueur dans le pays et les responsables du gouvernement ne jurent que par elle et son étude a en fait une signification existentielle.
Je crois que c’était pendant les mois mouvementés qui ont précédé le phénoménal 3rd Élections générales, et nous avions un de ces débats houleux qui pourraient éventuellement exclure quelqu’un du cercle serré de l’amitié. Dans un mépris abject pour la constitution non écrite de notre fraternité, un de nos amis a soudainement déclaré qu’il ne savait pas pourquoi nous continuions à diaboliser la fondation du Civil Service College. Il a fait valoir en termes forts que l’enseignement supérieur avait été inutilement limité à quelques privilégiés dans le pays pendant si longtemps que le système devait être mis en lumière. Suite à sa déclaration, comme disent les ferenjis, on pouvait couper l’air tendu qui s’accumulait autour de la table avec un couteau. L’irrévérence présumée de cette déclaration n’était rien de moins qu’un tabou.
La seule chose que j’aime à propos de l’EPRDF, c’est qu’il dissimule rarement ses intentions. Il avait abandonné le personnel de l’Université d’Addis-Abeba, les étudiants et les anciens élèves. Lorsqu’il a envoyé 42 universitaires de classe mondiale emballer en termes clairs, il a qualifié les universitaires d’inadaptés incapables de servir dans le service public de l’EPRDF en Éthiopie – en d’autres termes incapables de servir dans les fonctionnaires publics établis sous les auspices de la Constitution du FDRE, en d’autres termes les reléguant au second plan. citoyens de classe. Dans la foulée, elle a fondé un collège de la fonction publique, à l’image crachée de la célèbre École internationale Lénine de la Russie soviétique d’avant la Seconde Guerre mondiale.
Il était donc naturel que lorsque notre ami a pris la parole pour défendre le Collège, nous perdions la voix. À ce jour, je me souviens des mots qu’il avait employés pour faire valoir son point de vue : les études à domicile devraient être démystifié dans ce pays, cela ne devrait pas être le privilège de quelques-uns mais le droit de la multitude et les collèges devraient être accessibles à tous les diplômés du secondaire. Encore une fois, j’ai entendu cette phrase « démystifier l’enseignement supérieur » d’un ministre du gouvernement quelques années plus tard et j’ai réalisé qu’il s’agissait d’un programme tacite officiel délibéré du parti.
Est-ce que quelque chose de bon en a ressorti ? En toute honnêteté, je parie que oui. En particulier, les régions périphériques à prédominance pastorale (les régions dites les moins développées) doivent beaucoup au Collège. Sans ledit Collège, certains des brillants fonctionnaires prometteurs auraient été des joyaux perdus dans le sable, je dois l’admettre, mais dans le reste du pays, l’acier a été remplacé par du plomb pour soutenir la Nation ; et nous payons le prix des énormes bévues de l’EPRDF. Vous pouvez facilement dire à une institution où elle exerce son influence. L’intrigue, le népotisme qui alimente les tensions et la division du personnel pour gouverner sans rendre de comptes sont leurs caractéristiques distinctives – voilà pour démystifier l’enseignement supérieur ! Il n’est pas étonnant que le ministère de l’Éducation abandonne son programme de démystification.
Après que la nation ait été ainsi disséquée et mutilée au point d’être méconnaissable par les Disciples de la Réforme de l’EPRDF (የለዉጥ ሐዋሪያዎች), le PP réformé tente de limiter les dégâts en redonnant du pouvoir aux quelques universités viables et en leur accordant des Chartes autonomes. En conséquence, les anciens élèves de l’École des cadres qui dirigent presque tous les organes publics au plus haut niveau tentent de blanchir leurs diplômes en poursuivant des études de troisième cycle dans des « universités reconnues » et en participant à des événements organisés par ces dernières ; arborant les logos de l’école de troisième cycle pour tenter de se dissocier de leur collège mère – on parle du fils prodigue !
Seulement s’ils avaient vu la pièce ክፍተት de Teferi Alemu, ils y réfléchiraient à deux fois ! Le chaînon manquant dans la poursuite des études supérieures nous hante jusqu’à la fin du monde. Qui sait, le Dr Brehanu attend peut-être son heure pour leur couper l’herbe sous le pied. Comment peuvent-ils être aussi ingrats, surtout si l’on considère que leur collège mère a organisé avec succès des programmes de troisième cycle plus tard dans son existence ? On peut se demander, mais le poids d’une mauvaise conscience est plus lourd qu’une tonne de briques. En fin de compte, en accordant une place à une poignée de diplômés stellaires du Collège qui pouvaient se distinguer n’importe où, le Collège a pour la plupart créé une bande d’éponges politiques et de caméléons opportunistes qui nourrissaient des rancunes contre la société. Lorsqu’ils se sont lâchés sur les communautés qui les avaient méprisés, ils se sont retournés contre elles avec vengeance.
Faire comme si la Constitution n’existait pas
Parmi les nombreux organes créés pour mettre en œuvre la Constitution du FDRE du point de vue législatif et judiciaire figurent les Instituts fédéraux et régionaux du droit et de la justice. Naturellement, ils ont été fondés pour lancer et promouvoir des recherches et des études juridiques dans le contexte de la loi suprême du pays en vigueur. Même si nous la détestons et la diabolisons, la Constitution FDRE est en effet la loi suprême du pays et ses préceptes remplacent tout texte de loi, programme de parti ou recours judiciaire.
Lorsqu’elle est révisée comme la Constitution de 1955 ou totalement annulée comme celle de 1987, les objectifs dudit Institut restent valables : s’assurer que les lois et les décrets subordonnés sont conformes à la Constitution révisée ou nouvelle. Mais d’une manière méprisable pour satisfaire les opinions populaires actuelles ou dans une tentative boiteuse de s’attirer les faveurs du pouvoir en place, ils ont fait réviser leur règlement d’établissement respectif afin de retirer l’objectif fondamental et principal de leur établissement des préambules des règlements fondateurs. Dans de telles circonstances, serait-il exagéré de comparer ces gens-là au caméléon de Gogol ? Devinez quoi? Que cela leur plaise ou non, les instituts sont créés pour soutenir la Constitution en théorie et en action.
Ensuite, ce ne sont pas des cas isolés. Les institutions publiques post-2018 agissent comme si la Constitution FDRE n’existait pas. Il me semble que les fonctionnaires sont encadrés et ont pour instruction de ne pas mentionner la Constitution à moins que cela ne soit absolument important et nécessaire. S’ils supposent qu’ils pourraient souhaiter que cela disparaisse, ils se comportent comme l’autruche proverbiale. Au cas où ils l’ignoreraient partout où se rend la Commission de dialogue, celle-ci se trouve confrontée à des questions relatives au sort de la Constitution en vigueur.
Le Manifeste du PP
PP nous a rendu un grand service en rendant son système d’exploitation, ses statuts et son programme ouverts au public pour examen. En parlant d’examen minutieux, on peut commencer tout de suite par se demander dans quelle mesure PP utilise-t-il un domaine gouvernemental pour héberger son site Web ? Cette erreur de calcul apparemment insignifiante trahit une tendance plus large à effondrer la frontière entre parti et gouvernement en restant fidèle au système de partis dominant perfectionné par l’EPRDF.
Contrairement à ce que disent publiquement les cadres du PP, le programme du Parti déclare sans équivoque que le PP est la continuation, l’héritier et l’extraction de l’EPRDF. Il déclare allégeance à la Constitution FDRE. Seule sa tentative populiste éclectique de plaire à tous le distingue du Front parent. Il s’engage de manière louable à se libérer des capsules idéologiques puritaines et continue en soulignant que les droits des groupes et les droits individuels sont d’égale importance. Cela fait réfléchir évidemment, mais sur la question constitutionnelle la plus importante émanant de l’article 8 de la Constitution FDRE, il a choisi de prendre le Cinquième Amendement si j’ose le dire. Vous souvenez-vous de la raison pour laquelle j’ai dit que l’EPRDF n’avait jamais dissimulé ses intentions ? Cela n’a pas fait de la source du pouvoir politique une pomme de discorde.
Il nous a dit : « Je n’ai pas de problèmes avec les droits individuels, mais passez-les au-delà de votre crâne épais. Les nationalités sont les seules entités souveraines et sources du pouvoir politique ». Au contraire, le PP a publié son Manifeste comme si l’article 8 de la Constitution n’existait pas et que les organes gouvernementaux n’étaient pas constitués conformément à cet article.
Sans tourner autour du pot, les partis politiques devraient prendre le taureau par les cornes et exprimer clairement leurs intentions respectives : êtes-vous pour ou contre la modification de la Constitution du FDRE ?
Que Dieu bénisse.
L’écrivain peut être contacté à : estefanoussamuel@yahoo.com
Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info
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