J’ai eu le privilège d’examiner une recherche nationale menée par la Women’s Academy for Leadership and Political Excellence (WALPE) qui s’est terminée en août 2024. Le rapport aborde une question critique mais souvent négligée : les soins et le travail domestique non rémunérés (UCDW) et leur impact sur les femmes. et les filles au Zimbabwe. L’UCDW fait référence au travail domestique régulier, souvent invisible et non enregistré, qui est culturellement approprié aux femmes et aux filles en fonction de leur sexe. Ce type de travail comprend des tâches comme aller chercher de l’eau, nettoyer la maison, s’occuper des enfants, des malades et des personnes âgées. Malgré les progrès réalisés depuis le Programme d’action de Pékin en 1995, notamment des progrès significatifs en matière de droits des femmes, d’autonomisation et d’égalité des sexes, des écarts demeurent. La constitution du Zimbabwe, en particulier ses articles 17, 56 et 80, donne mandat à l’État et à toutes les institutions de promouvoir l’égalité des sexes et d’assurer la pleine réalisation des droits des femmes et des filles. Cependant, les recherches de WALPE mettent en évidence les obstacles persistants qui empêchent les femmes de bénéficier pleinement de ces dispositions constitutionnelles, le UCDW étant un facteur clé mais sous-estimé. Ce travail est crucial, car les soins non rémunérés et le travail domestique restent largement invisibles dans les discussions sur l’autonomisation des femmes et l’égalité des sexes au Zimbabwe. Avant d’approfondir les conclusions spécifiques, il est important de fournir un contexte plus large de la condition de la femme dans notre société actuelle.
La société patriarcale du Zimbabwe et les privilèges sexistes des hommes
Le Zimbabwe est une société patriarcale, dans laquelle les femmes et les filles sont souvent censées se concentrer sur les tâches ménagères et prendre soin des autres membres de la famille. Cela limite leur participation à la vie publique et à la prise de décision au sein de la famille, alors que les hommes et les garçons jouissent généralement de plus de liberté dans ces domaines. Bien que des progrès aient été réalisés en matière d’autonomisation des femmes et des filles, comme la discrimination positive en matière d’admission à l’université et au collège et le recours à des systèmes de quotas pour augmenter le nombre de femmes à l’Assemblée nationale, au Sénat et dans les autorités locales, d’importants défis demeurent. La création d’un ministère des Affaires féminines et de la Commission zimbabwéenne pour l’égalité des sexes, tous deux destinés à promouvoir l’égalité des sexes, constituent des avancées positives. Cependant, malgré ces efforts, les femmes se heurtent encore à des obstacles pour atteindre leur plein potentiel. L’UCDW constitue un problème majeur, car il continue de freiner de nombreuses femmes. Les conclusions de WALPE mettent en lumière cette question, et je vais maintenant les explorer plus en détail, ainsi que les mesures pratiques que nous pouvons prendre pour remédier à ce déséquilibre dans notre vie quotidienne.
Méthodes
Pour comprendre comment les soins et le travail domestique non rémunérés (UCDW) affectent la vie quotidienne des femmes et des filles, WALPE et ses partenaires ont utilisé différentes méthodes pour recueillir des informations. Ils ont organisé discussions de groupe avec 122 participants, dont 29 filles âgées de 15 à 19 ans et 93 femmes âgées de 20 à 65 ans, pour entendre directement leurs expériences. En outre, entretiens avec des informateurs clés ont eu lieu avec 35 personnes ayant des connaissances particulières sur cette question. La recherche a été menée dans 9 districts de 8 provinces du Zimbabwe, qui comprenaient une variété de contextes tels que zones rurales (Nkayi), périurbain régions (Penhalonga, Marondera), zones agricoles (Karoi, Mhondoro), régions minières artisanales (Zvishavane, Bindura), et emplacements urbains (Epworth, Bulawayo). Ces différents domaines ont été choisis pour refléter un large éventail d’expériences et de défis rencontrés par les femmes et les filles dans différents environnements. Les principales conclusions et recommandations de cette recherche sont basées sur les informations recueillies lors de ces discussions et entretiens.
Résultats
Les résultats de cette recherche montrent que l’UCDW crée des défis importants pour les femmes et les filles, affectant de nombreux aspects de leur vie. Décomposons ces résultats de manière à les rendre plus faciles à comprendre, à l’aide d’exemples concrets.
L’une des principales conclusions est que l’UCDW – comme cuisiner, nettoyer et prendre soin des enfants ou des membres malades de la famille – rend plus difficile pour les femmes et les filles de se concentrer sur leur carrière ou d’améliorer leurs compétences. Par exemple, une jeune femme qui souhaite suivre un programme de formation professionnelle pourrait être obligée de rester à la maison pour s’occuper de ses frères et sœurs plus jeunes ou effectuer les tâches ménagères. Cela réduit ses chances d’avancer dans la vie, car elle n’a pas les mêmes chances d’acquérir des qualifications que ses homologues masculins, moins impliqués dans les tâches ménagères. En outre, le temps que les femmes consacrent à l’UCDW limite également leur capacité à gagner de l’argent. Imaginez une mère qui veut vendre des légumes au marché. Cependant, elle doit passer la majeure partie de sa journée à faire le ménage, à cuisiner et à s’occuper de ses enfants. Cela réduit le temps qu’elle peut consacrer à son entreprise, ce qui affecte directement ses revenus. En conséquence, de nombreux ménages gagnent moins qu’ils ne le pourraient, ce qui peut rendre plus difficile l’amélioration de leur niveau de vie. Des études ont montré que lorsque les femmes consacrent moins de temps au travail non rémunéré, elles peuvent contribuer davantage à l’économie, augmentant ainsi les revenus du ménage.
L’UCDW prend un temps précieux qui pourrait autrement être utilisé pour des emplois rémunérés, des études ou des activités qui autonomisent les femmes, comme rejoindre des groupes communautaires ou assister à des ateliers. Par exemple, une fille vivant dans une zone rurale peut manquer fréquemment l’école parce qu’elle doit participer aux tâches ménagères ou s’occuper d’un membre malade de sa famille. Cela réduit ses chances d’obtenir une bonne éducation et de trouver un emploi bien rémunéré à l’avenir. La recherche souligne que ce problème est particulièrement fréquent chez les femmes qui travaillent de manière informelle, comme celles qui travaillent comme aides domestiques ou dans les petites exploitations agricoles, qui jonglent souvent entre le travail rémunéré et une lourde charge de responsabilités familiales non rémunérées. En outre, l’UCDW réduit considérablement le temps dont disposent les femmes pour effectuer des emplois formels et rémunérés. Une femme pourrait vouloir travailler dans un bureau ou une usine. Pourtant, comme elle doit prendre soin de ses enfants et de ses proches âgés, elle ne peut pas travailler à des horaires réguliers ni voyager loin de chez elle pour trouver de meilleures opportunités d’emploi. Cela limite sa capacité à trouver un emploi stable avec un meilleur salaire et de meilleurs avantages sociaux.
Les exigences physiques des UCDW, en particulier les tâches telles que transporter de l’eau, cuisiner sur des feux ouverts ou soigner les malades, peuvent avoir de graves conséquences sur la santé des femmes. Par exemple, une femme qui s’occupe d’un proche atteint d’une maladie contagieuse sans équipement de protection approprié, comme des gants ou des masques, pourrait s’exposer à une infection. Au fil du temps, les conséquences physiques d’un travail constant, sans repos ni soins médicaux adéquats, peuvent conduire à l’épuisement, à la maladie et même à une espérance de vie réduite pour les femmes et les filles. Dans l’ensemble, les résultats montrent clairement que l’UCDW a des conséquences considérables, non seulement sur la carrière et les opportunités économiques des femmes, mais également sur leur santé et leur bien-être. Pour faire une réelle différence, la société doit reconnaître la valeur du travail de soins non rémunéré et prendre des mesures pour réduire le fardeau qui pèse sur les femmes, par exemple en promouvant le partage des responsabilités domestiques entre hommes et femmes, en améliorant l’accès aux services de garde d’enfants et en créant des opportunités pour les femmes de participer. pleinement scolarisés et dans un emploi formel.
Recommandations
WALPE formule plusieurs recommandations importantes pour relever les défis posés par le travail domestique et de soins non rémunéré (UCDW) :
Politique et législation gouvernementales – WALPE recommande que le gouvernement élabore et applique des politiques qui promeuvent l’égalité des sexes et protègent les droits des femmes, en reconnaissant spécifiquement la répartition inégale des UCDW. Par exemple, l’adoption de lois encourageant le partage des responsabilités domestiques entre hommes et femmes peut contribuer à réduire le fardeau qui pèse sur les femmes. Les politiques qui obligent les employeurs à proposer des modalités de travail flexibles peuvent également aider les femmes à concilier travail rémunéré et tâches ménagères. WALPE a déjà élaboré et soumis une loi modèle sur l’UCDW au Parlement dans le cadre des réformes législatives nécessaires.
Améliorer les infrastructures et les services sociaux – Le gouvernement doit allouer davantage de ressources à l’amélioration des infrastructures sociales, telles que les services de garde d’enfants, les soins de santé et l’accès à l’eau, ce qui peut réduire considérablement le temps que les femmes consacrent aux UCDW. Par exemple, si des garderies plus abordables sont disponibles, les femmes peuvent avoir plus de temps pour exercer un travail rémunéré ou poursuivre des études. Les investissements dans les infrastructures d’eau potable et d’énergie peuvent également alléger le fardeau physique des femmes, en particulier dans les zones rurales où aller chercher de l’eau ou ramasser du bois de chauffage prend beaucoup de temps.
Plaidoyer des ONG et des organisations communautaires – Les organisations non gouvernementales (ONG) et les organisations communautaires (OBC) devraient continuer à plaider en faveur des droits des femmes et de l’égalité des sexes en faisant pression en faveur de politiques qui s’adressent aux UCDW. En sensibilisant à ce problème et en influençant les décideurs politiques, ces organisations peuvent contribuer à garantir que l’UCDW soit traitée comme une question importante dans les discussions nationales sur l’égalité des sexes. Par exemple, le plaidoyer peut contribuer à rendre visible le travail de soins non rémunéré dans la planification économique et la prise de décision.
Soutien des partenaires de développement – WALPE souligne le rôle des partenaires de développement et des organisations internationales dans la fourniture d’une assistance technique et d’un renforcement des capacités pour aider les ONG locales, les réseaux de femmes et les ministères à mieux comprendre et répondre aux défis de l’UCDW. Cela pourrait inclure la formation de responsables gouvernementaux et de dirigeants de la société civile sur la manière de créer des programmes réduisant le fardeau du travail de soins non rémunéré ou de soutenir des projets promouvant l’autonomisation économique des femmes.
Responsabilité du secteur privé – Le secteur privé a également un rôle à jouer en adoptant des politiques sur le lieu de travail qui réduisent les UCDW, telles que l’offre d’horaires de travail flexibles, de congés parentaux payés et de services de garde d’enfants sur place. Ces politiques favorables à la famille soutiennent non seulement l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, mais contribuent également à redistribuer les responsabilités en matière de soins entre les hommes et les femmes, facilitant ainsi la pleine participation des femmes au marché du travail.
En conclusion, les recherches de WALPE mettent en lumière l’impact significatif de l’UCDW sur l’autonomisation des femmes et l’égalité des sexes au Zimbabwe, fournissant des preuves empiriques cruciales sur cette question souvent négligée. Pour générer des progrès significatifs, il est essentiel de placer l’UCDW au premier plan du discours public. Sensibiliser et favoriser les conversations autour de l’UCDW peut contribuer à faire évoluer les normes sociétales et à promouvoir des changements politiques. Les médias, en tant que plateforme puissante pour façonner les opinions et amplifier les voix, jouent un rôle essentiel en garantissant que l’UCDW reçoive l’attention qu’elle mérite dans la lutte pour l’égalité des sexes.
Pride Mkono est analyste politique, chercheur et stratège. Il écrit ici en sa propre qualité et peut être contacté au fiertémkono@gmail.com






