Les Ogadenis joueront-ils avec la paix ?

Maria

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Par Mohamud A. Ahmed – Cagaweyne

L’histoire se présente à la fois comme juge et bourreau, exigeant que les Ogadenis soient confrontés à une vérité inévitable : protégeront-ils la paix fragile entretenue au cours des six dernières années ou risqueront-ils le tout en retombant dans l’abîme de la guerre ? Leur voyage a été long et pénible, marqué par les déplacements, la mort et les rêves brisés qui persistent comme les échos d’une tempête lointaine. Aujourd’hui, au seuil du progrès, les choix faits aujourd’hui détermineront si l’avenir s’épanouit dans la paix ou dépérit dans la ruine. Mais ce moment ne leur appartient pas uniquement. Les Kuumade, leurs parents, en termes de lignée et de principe, ainsi que d’autres tribus de la région Somali, doivent décider : vont-ils regarder en silence, attendant de voir comment l’éléphant dans la pièce bouge, ou vont-ils se lever, parler et miser leur revendication sur le sort de la région ? Rester passif, c’est laisser leur avenir vulnérable, car les répercussions des décisions d’aujourd’hui les affecteront inévitablement demain. Leur voix en ce moment n’est pas un luxe mais une nécessité.

Le drame de Jigjiga : un décor propice au mensonge, à la trahison et au chaos

La récente réunion de Jigjiga était censée être un moment déterminant : une opportunité de forger un programme somalien unifié qui pourrait guider la région vers un objectif commun. Au lieu de cela, cela s’est transformé en un spectacle de confusion, de trahison et de manipulation. Les mensonges se sont enflammés comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, transformant la vérité en fiction élaborée. Dans ce théâtre de tromperie, les gens parlaient avec l’arrogance des gardiens, comme s’ils étaient les seuls à posséder des vérités cachées, mais la plupart n’avaient aucune compréhension du but du dialogue. Plutôt que de favoriser l’unité, le spectacle a semé la division, donnant naissance à des récits dangereux que même nos ennemis n’avaient pas osé imaginer.

Le programme de la commission n’a jamais été conçu uniquement pour la région Somali ni pour les intérêts d’un groupe en particulier : il s’agit d’un dialogue national destiné à englober la voix collective de la nation, même si plusieurs oppositions armées ont refusé d’y participer. S’il existe des intentions cachées dans ce processus, elles appartiennent au paysage national et non à des groupes ou des régions spécifiques. Pourtant, ceux qui racontent ces récits le font sans comprendre, sans même vouloir lire l’intégralité du dialogue. Quand allons-nous nous asseoir et lire pour pouvoir comprendre avant de réagir – avant de donner de l’espace à ceux qui sont nés pour tout transformer en mystère de leurs propres fantasmes, des fantasmes qui non seulement nuiront aux habitants de cette région, mais qui donneront également des munitions aux ceux qui attendent depuis longtemps l’occasion d’anéantir les habitants de ce pays ? La critique du processus est valable et nécessaire, mais elle ne doit pas devenir une arme pour cibler des politiciens ou des groupes individuels. Agir ainsi revient à corrompre l’esprit même du dialogue, en en faisant un outil de division plutôt qu’un pont vers la compréhension.

La souffrance silencieuse : les blessures de nos mères et de nos filles

Le passé est écrit dans le sang, dans la souffrance silencieuse de nos mères, sœurs et filles. Ils ont enduré les horreurs de la guerre – torture, viol et déplacement – ​​pendant que le monde détournait le regard. Leurs cicatrices sont profondes et leur dignité est brisée par la cruauté du conflit. Comment osons-nous même envisager de rouvrir cette porte vers l’obscurité ? La guerre est une bête qui se nourrit d’innocents et, une fois déclenchée, elle ne fait aucune discrimination. Il dévore les impuissants et laisse les puissants intacts. Si nous oublions les souffrances endurées, nous n’échouons pas simplement dans notre passé ; nous jouons avec l’avenir de ceux qui restent.

Tomber dans l’abîme : paroles imprudentes et rhétorique dangereuse

Les paroles imprudentes sont aussi dangereuses que les épées dégainées. Les récents faux pas dans la définition de la situation des Ogadenis menacent de nous replonger dans l’abîme. Une rhétorique qui divise – prononcée sans ménagement – ​​ne guérira pas les fractures de notre société ; cela les approfondira. Les Ogadenis sont les gardiens de cette terre, la protégeant des ennemis dont l’objectif est notre annihilation. Leur héritage n’est pas sans erreurs, mais c’est aussi une histoire de vigilance et de sacrifice. Parler imprudemment contre la tribu, c’est inviter à la calamité, ouvrir des portes qui auraient dû rester scellées et démanteler la confiance qui nous unit.

Le monde nous regarde : la paix comme notre plus grand investissement

Au-delà de nos frontières, le regard de la communauté internationale se pose avec une admiration croissante sur la région Somali – un rare phare de paix et de stabilité dans un pays qui a traversé les tempêtes. Parmi le chaos qui engloutit d’autres régions de l’Éthiopie, la région Somali se démarque, jouissant d’une tranquillité rare qui a attiré l’attention du monde entier. Dans un paysage où règne l’incertitude, nous sommes devenus une oasis de possibilités – un lieu où les investisseurs, les diplomates et les partenaires internationaux voient non seulement une région mais aussi une promesse : une terre prête au progrès, digne de confiance et mûre pour l’investissement. Cette perception est plus que passagère ; c’est un témoignage de ce que la paix a construit et de ce que la stabilité protège. Le monde regarde avec espoir, cherchant des ports sûrs pour ses investissements, et la région Somali est devenue ce port. Nous ne pouvons pas nous permettre de gaspiller cette rare opportunité pour ce que d’autres souhaiteraient avoir et que nous détenons déjà entre nos mains.

Jouer avec cette paix, risquer ce dont d’autres ne peuvent que rêver, serait tout simplement de la folie. La communauté internationale voit en nous non seulement une région au repos, mais aussi une terre prête à s’élever. Les opportunités de développement, de commerce et de partenariats étrangers sont désormais à notre portée. Mais ces opportunités sont délicates : elles sont courtisées par le progrès mais facilement effrayées par le spectre de l’instabilité. Le monde recherche des régions où la sécurité engendre le succès, où la paix n’est pas un luxe mais un fondement. Si nous échouons maintenant, non seulement nous trahirons notre propre avenir, mais nous fermerons également les portes des investissements qui commencent tout juste à s’ouvrir. Alors que d’autres régions peinent à trouver leur place, nous devons rester fermes, sachant que ce que nous possédons est rare – et que si nous le protégeons, la prospérité suivra.

La lumière de la vérité : la transparence comme chemin vers la rédemption

Si l’ONLF souhaite conserver son autorité morale, il doit emprunter le chemin de la transparence. Les mots sans clarté deviennent de simples murmures dans le vent. Les citoyens méritent de savoir ce que le gouvernement a accompli, ce qui reste à faire et quels efforts ont été déployés pour combler les lacunes. La transparence est la lumière qui dissipe le doute et renforce la confiance. Sans cela, les griefs – même légitimes – risquent d’être rejetés comme de vaines plaintes.

Une guerre qui n’est pas la vôtre est une guerre qui ne doit jamais être menée. Tout ce qui n’a pas été honoré dans le traité peut être négocié – à condition que la paix soit préservée. Le progrès, même imparfait, est un trésor qu’il faut protéger. Des décisions imprudentes menacent de détruire tout ce que nous avons construit. Grâce à la clarté, au dialogue et à la responsabilisation, des solutions peuvent être trouvées, garantissant que les frustrations ne déclenchent pas de nouveaux conflits. La paix est le bouclier le plus solide et le progrès est la seule voie vers un espoir durable.

Le miroir du progrès : réflexion sur les réalisations invisibles

Avant de nous précipiter sur le jugement, restons immobiles un instant – réfléchissons profondément, comme quelqu’un qui s’arrête pour entendre le faible écho de la vérité porté par le vent. En six courtes années, la région Somali a accompli ce que les 30 dernières années, peut-être même le siècle dernier, n’avaient pas pu réaliser. Alors que d’autres régions de l’Éthiopie s’effondrent sous le poids de la guerre et de la discorde, notre région est devenue un modèle de ce que la paix peut construire. Sous la direction du Premier ministre Abiy Ahmed, la stabilité a prospéré là où régnait autrefois le désespoir, et la croissance a pris racine alors même que d’autres régions tombaient en ruine. Le spectre de la destruction, de la mort et du déplacement ne rôde plus dans nos rues comme autrefois. Nous ne sommes plus un peuple vivant au bord de la survie – nous avons reçu le cadeau rare d’un répit, un moment pour reprendre des forces et reconstruire de l’intérieur.

Mais ne nous y trompons pas : si les promesses restent non tenues ou les opportunités perdues, la faute ne nous dépasse pas mais est intérieure. Nous devons arrêter de chercher les coupables dans des instances éloignées du pouvoir ou entre les mains du gouvernement central. Il faut faire face à la vérité, tranchante comme une lame : c’est nous qui avons peut-être raté les opportunités en or qui s’offraient à nous. Le temps, implacable et impitoyable, n’est pas de notre côté. Chaque occasion qui nous échappe resserre l’étau du regret, et si nous ne permettons pas à cette vérité de pénétrer dans nos cœurs, nous n’aurons plus que des ombres. Nous sommes à la croisée des chemins et l’avenir n’attend personne. La question n’est pas de savoir ce qui nous a été refusé, mais ce que nous n’avons pas réussi à saisir alors que cela était à notre portée.

Non, nous n’avons pas réalisé tous nos rêves, mais nous avons obtenu quelque chose de bien plus précieux : l’espace pour réfléchir, réinitialiser et reconstruire. Ce qui reste à faire est à nous de le poursuivre avec une vigueur renouvelée, car c’est dans le travail inachevé que réside notre potentiel. Même si les dix derniers mois ont apporté des tempêtes auxquelles nous ne nous attendions pas, elles ne doivent pas nous aveugler sur la lumière qui brûle encore sous les nuages. Le progrès n’est pas la perfection – c’est une flamme fragile, qui doit être gardée avec soin de peur qu’elle ne soit éteinte par les vents froids du doute et de la désillusion. Pourtant, avec quelle rapidité nous sommes tombés dans le piège de la négativité, prêtant nos oreilles à ceux qui colportent la destruction déguisée en vérité. Et les rares qui parlent de la tempête qui se profile à l’horizon – ceux qui nous avertissent du péril à venir – se retrouvent sans audience.

Que Dieu nous sauve de nous-mêmes, car si nous ne nous réveillons pas de ce sommeil, nous serons conduits dans une ruine de notre propre initiative, une ruine dont il n’y aura peut-être pas de retour. Le temps n’est pas l’allié de ceux qui tardent ; l’histoire n’est pas tendre avec ceux qui ignorent ses leçons. L’avenir n’attendra pas : il est impatient, prêt à couronner ceux qui agissent avec sagesse et à abandonner ceux qui hésitent dans le doute.

Le verre fragile de la paix : un appel à l’unité et à la vigilance

Le chaos qui a éclaté à Jigjiga est un rappel brutal et sobre que la paix est aussi délicate que le verre : sans une vigilance constante, elle se brise en morceaux irréparables. Nous reposons sur une fondation fragile ; une construction construite non pas pour ceux qui prospèrent grâce à la discorde, mais pour ceux qui comprennent le devoir sacré de l’unité. L’abîme de la division nous appelle comme une ombre, attendant nos faux pas, mais nous ne pouvons pas nous permettre de tomber. Notre force ne réside pas dans le spectacle du drame mais dans le pouvoir tranquille de l’unité. Les Ogadenis, ainsi que toutes les tribus de la région Somali, doivent prendre conscience d’une vérité profonde : nos identités culturelles ne sont pas des fardeaux – ce sont des bénédictions. Ils enrichissent notre caractère éthiopien, nous intégrant au tissu plus large de cette nation plutôt que de diminuer notre place au sein de celle-ci. La véritable inclusion n’est pas un geste symbolique ; c’est notre place légitime à la table où les décisions sont prises, où l’avenir se façonne et où se forgent les héritages.

Ensemble, nous devons écrire un nouveau récit – un récit dans lequel la résilience renaît des cendres de la souffrance et où l’unité triomphe de la division. C’est le moment de rejeter la politique du chaos et de nous dresser résolument contre ceux qui voudraient exploiter nos différences à leur profit. Le moment est venu de bâtir un héritage enraciné dans la coopération, le courage et un espoir inébranlable. Le chemin à parcourir ne sera pas facile, mais c’est le seul chemin qui vaut la peine d’être parcouru : le chemin vers la paix et un destin partagé. Notre destin est plus grand que celui de n’importe quel individu ou faction ; c’est un destin prédéterminé par des forces bien au-delà de nous. Pourtant, dans ce destin se trouve le don du choix – le choix de suivre le bon chemin ou de se laisser séduire par le mauvais.

Nos relations avec nos tribus apparentées dans les pays voisins devraient nous guider vers la bonne voie, en renforçant les liens qui nous élèvent, et non en nous manipulant comme des pions dans les jeux dangereux de puissances lointaines. Ces entités étrangères – dont les agendas cachés ne servent qu’à diviser et à détruire – ne cherchent qu’à nuire à notre nation. Nous devons nous rappeler que ce qui nuit à la nation nuit également à la région Somali, car nos destins sont liés. Nous ne pouvons permettre à aucun groupe parmi nous, sciemment ou inconsciemment, de nous conduire à la ruine en tombant dans les pièges tendus par nos ennemis. Nous devons nous garder de leurs pièges, car faiblir maintenant, c’est mettre en péril tout ce que nous avons construit.

L’écrivain peut être contacté au +251900644648

Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info

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