Les démarches politiques calculées d’Ahmed Madobe au CCN…

Maria

Les points de vue, déclarations et opinions contenus dans l’article reflètent ceux de l’auteur, PAS ceux de Togolais.info.

Ahmed Madobe _ par Mohammed Ahmed Madobe _ par Mohammed
L’auteur (dossier)

Par Mohamud A. Ahmed – Cagaweyne

Lors de la dernière réunion du Conseil consultatif national (NCC) tenue à Mogadiscio en octobre 2024, le président du Jubaland, Ahmed Madobe, s’est une fois de plus positionné comme une figure centrale de la politique somalienne. La réunion, présidée par le président Hassan Sheikh Mohamud, visait à aborder des questions cruciales telles que le processus de démocratisation et la feuille de route pour les élections de 2026. Cependant, c’est l’opposition farouche de Madobe et son appel à une plus grande inclusivité, notamment en ce qui concerne le Puntland et les régions de la CSS, qui ont véritablement défini l’événement. Sa position ne concerne pas seulement les élections, mais symbolise la lutte plus large et en cours pour le système fédéral et l’unité nationale de la Somalie.

L’opposition de Madobe à l’élection d’une personne, d’une voix

Au cœur de la controverse lors de la réunion du CCN se trouvait la pression du gouvernement fédéral en faveur d’un système électoral à une personne et à une voix en Somalie, qui devrait être mis en œuvre d’ici 2026. Le président Hassan Sheikh Mohamud, ainsi que d’autres dirigeants régionaux de Hirshabelle, Galmudug et Les États du Sud-Ouest ont soutenu cette proposition dans le cadre d’un programme plus large visant à démocratiser la Somalie. Cependant, Ahmed Madobe est apparu comme la principale voix dissidente. Il a fait valoir que le pays n’était pas encore prêt pour un tel système et a plaidé en faveur d’élections indirectes, soulignant la nécessité de réformes progressives qui reflètent le cadre politique clanique unique de la Somalie.

Pour Madobe, la proposition d’aller vers des élections directes était considérée comme une menace à l’autonomie régionale pour laquelle le Jubaland, ainsi que d’autres États membres fédéraux, s’étaient battus durement. Son opposition, loin d’être simplement obstructionniste, reflétait ses inquiétudes quant à la fragilité des institutions politiques du pays et aux risques de centralisation, qui pourraient affaiblir les gouvernements régionaux et exacerber les tensions politiques. Cela était particulièrement important alors que la Somalie continue de se débattre avec des problèmes de sécurité, de gouvernance et de dynamique de pouvoir basée sur les clans.

Un appel calculé à l’unité : l’appel au Puntland et à la CSS

La décision politique la plus astucieuse de Madobe lors de la réunion du NCC a peut-être été son soutien vocal à l’inclusion du Puntland et des régions de la SSC (Sool, Sanaag et Cayn) dans les discussions futures. Le Puntland et la SSC avaient notamment boycotté la réunion en raison de désaccords persistants avec le gouvernement fédéral concernant sa perception d’une trop grande portée. Le Puntland, en particulier, a constamment critiqué l’administration du président Hassan Sheikh pour ce qu’elle considère comme des efforts visant à saper l’autonomie des États membres fédéraux.

Madobe, conscient du vide de pouvoir laissé par l’absence du Puntland, s’est positionné comme un représentant non seulement du Jubaland mais aussi du clan Darood au sens large, qui détient également une influence significative au Puntland et dans les régions de la CSS. Ce faisant, il a souligné le fait que tout progrès significatif vers des élections nationales ou vers une Somalie unifiée ne peut être réalisé sans la participation de toutes les régions clés. Le message de Madobe était clair : sans le Puntland et la CSS à la table, tout processus électoral, voire l’unité nationale, serait incomplet et donc non négociable.

Cette décision stratégique a été considérée comme une tentative de consolider sa position au sein de la sphère politique plus large des Darood, signalant que lui seul était capable de représenter leurs intérêts alors que leurs sièges restaient vides. En lançant cet appel, Madobe a pu se présenter comme un homme d’État soucieux de la stabilité et de l’unité à long terme de la Somalie, plutôt que de ses seuls intérêts personnels ou régionaux. Sa position a attiré non seulement les partisans de Darood, mais aussi ceux qui considèrent l’unité somalienne comme primordiale, lui offrant un capital politique au-delà de son propre État.

Une impasse avec le gouvernement fédéral

Le rejet par Madobe de la proposition électorale du gouvernement fédéral n’était pas un incident isolé mais faisait partie d’un schéma plus large de résistance contre la centralisation du pouvoir à Mogadiscio. Au fil des années, Madobe a conservé la réputation d’être farouchement protecteur de l’autonomie du Jubaland, se heurtant fréquemment aux dirigeants fédéraux sur des questions d’autorité, de gouvernance et de contrôle des ressources. Ce dernier épisode s’inscrit dans la continuité de cette lutte, Madobe refusant de permettre au gouvernement fédéral de dicter des conditions qui pourraient affaiblir le pouvoir de son État.

Les pourparlers entre Madobe et le président Hassan Sheikh, aux côtés du Premier ministre Hamza Abdi Barre, n’ont pas réussi à sortir de l’impasse. Malgré des réunions à huis clos et de multiples tentatives de persuasion, Madobe est resté ferme dans son opposition, insistant sur des élections indirectes et soulignant l’importance des consultations régionales avant la mise en œuvre de toute réforme électorale majeure.

En outre, les préoccupations plus larges de Madobe concernant le processus de démocratisation reflètent les frustrations persistantes face aux promesses non tenues. Le gouvernement fédéral et le NCC s’étaient précédemment engagés à organiser des élections directes au niveau des districts d’ici juin 2024, une promesse qui n’a pas encore été tenue. Cet échec a érodé la confiance du public dans le processus électoral, de nombreux Somaliens étant de plus en plus sceptiques quant à la capacité du gouvernement fédéral à respecter ses engagements. La résistance de Madobe aux élections directes, dans ce contexte, est considérée par certains comme une approche pragmatique, reflétant la réalité du terrain plutôt que des aspirations idéalistes.

Le risque de nouvelles divisions et tensions régionales

Si la réunion du CNC ne parvient pas à parvenir à une position unifiée, cela pourrait conduire à des divisions plus profondes au sein de la Somalie. L’absence de consensus, en particulier avec des régions clés comme le Puntland et la CSS absentes des discussions, menace de fragmenter davantage le pays. Une telle division pourrait déclencher de nouvelles vagues d’instabilité à mesure que les administrations régionales s’éloignent de plus en plus du gouvernement fédéral à Mogadiscio. De plus, ces discordes internes surviennent à un moment où les voisins de la Somalie, notamment l’Ethiopie, suivent de près la situation. Les tensions entre la Somalie et l’Éthiopie se sont accrues, les deux pays étant préoccupés par les différends en matière de sécurité et de mémorandum d’accord. Si les dirigeants politiques somaliens ne parviennent pas à présenter un front uni, cela pourrait entraîner de nouvelles ingérences extérieures, exacerbant les tensions régionales et sapant les efforts en faveur de l’unité nationale.

Calculs politiques de Madobe et perspectives d’avenir

Les actions d’Ahmed Madobe lors de la réunion du CCN n’ont fait que renforcer sa réputation d’opérateur politique avisé. Sa capacité à naviguer dans les complexités de la politique somalienne – en changeant d’alliance si nécessaire tout en restant ferme sur les questions clés – lui a permis de rester pertinent malgré de nombreux défis. Son opposition aux tendances centralisatrices du gouvernement fédéral trouve un écho non seulement auprès de sa base au Jubaland, mais également auprès d’autres États membres fédéraux qui partagent ses inquiétudes quant à l’érosion de l’autonomie régionale.

De plus, l’appel de Madobe à l’inclusion du Puntland et des régions de la CSS a renforcé son image de champion de l’unité somalienne. Dans un environnement politique où la dynamique clanique domine souvent, son appel aux intérêts nationaux plus larges l’a positionné comme un leader capable de transcender les loyautés régionales et claniques. Cela lui a valu le respect, même parmi ceux extérieurs au clan Darood, qui le considèrent comme un contrepoids nécessaire à la centralisation croissante du gouvernement fédéral.

Pour l’avenir, l’avenir politique de Madobe semble assuré, surtout s’il parvient à maintenir l’équilibre délicat entre la protection des intérêts du Jubaland et le plaidoyer en faveur d’un cadre de gouvernance nationale plus inclusif et consultatif. Sa capacité à résister aux excès du gouvernement fédéral, tout en se positionnant comme une figure unificatrice, garantit qu’il restera un acteur clé de la politique somalienne dans un avenir prévisible.

Conclusion : un champion du fédéralisme et de l’unité

La récente réunion du CCN à Mogadiscio a mis en lumière l’influence durable d’Ahmed Madobe sur la politique somalienne. Sa forte opposition aux élections directes et son appel calculé à l’inclusion du Puntland et de la CSS ont réaffirmé sa position de protecteur de l’autonomie régionale et de champion de l’unité nationale. Alors que l’impasse électorale persiste, les actions de Madobe ont déplacé l’attention des réformes électorales immédiates vers la question plus large de l’avenir politique de la Somalie. Ce faisant, il a veillé à ce que sa voix – et celle des régions qu’il représente – ne soit pas ignorée dans la lutte en cours pour la démocratisation de la Somalie.

Mohamud A. Ahmed – Cagaweyne peut être contacté au : +251900644648

Note de l’éditeur : les opinions exprimées dans l’article ne reflètent pas nécessairement celles de Togolais.info

__