Le récent accord de l’Éthiopie avec l’État non reconnu du Somaliland, lui accordant l’accès à la mer Rouge, est une décision qui a fait sourciller la communauté internationale. Cette décision controversée du gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed n’est cependant que la pointe de l’iceberg dans une série de crises intérieures et économiques qui frappent l’Éthiopie.
Au niveau national, le régime d’Abiy a été accusé d’exacerber les tensions ethniques, en ciblant particulièrement la communauté Amhara et d’autres groupes ethniques. Les informations faisant état de violations des droits humains et de violences ethniques ont terni l’image internationale de l’Éthiopie et soulevé des questions sur l’engagement du gouvernement en faveur d’une identité nationale cohérente, pacifique et inclusive. Ces troubles internes non seulement déstabilisent la nation, mais fragilisent également son tissu social, compliquant encore davantage la tâche de construction de la nation. Cette décision du régime Abiy peut être interprétée comme une tentative de détourner l’attention des questions intérieures. L’Éthiopie est actuellement aux prises avec des conflits internes et des défis économiques, notamment des allégations de violations des droits de l’homme à Amhara et au Tigré et un récent défaut de paiement de ses dettes. En s’engageant dans cet accord, le gouvernement éthiopien semble détourner l’attention du public et de la communauté internationale de ces questions urgentes.
La situation économique en Éthiopie est tout aussi alarmante. Le pays est actuellement en défaut de paiement sur ses dettes, une situation qui reflète des défis économiques profondément enracinés. La monnaie éthiopienne, le Birr, est confrontée à la menace d’une dévaluation dans un contexte d’inflation galopante. Une telle crise économique affecte non seulement la vie quotidienne des Éthiopiens, mais jette également le doute sur la capacité du pays à remplir ses obligations internationales et à maintenir sa stabilité économique.
En outre, la forte dépendance de l’économie éthiopienne à l’égard de l’aide et des dons étrangers ajoute un autre niveau de vulnérabilité. Alors que la communauté internationale est de plus en plus préoccupée par le bilan du gouvernement en matière de droits humains et par sa gestion des conflits internes, il existe un risque réel que cette bouée de sauvetage vitale diminue. Cela aggraverait encore davantage la crise économique, conduisant à un cercle vicieux de pauvreté et d’instabilité.
La décision de s’engager avec le Somaliland doit être considérée dans ce contexte plus large. Si la recherche d’un accès à la mer Rouge constitue une démarche économique stratégique pour l’Éthiopie, enclavée, l’alignement sur une entité non reconnue par la communauté internationale s’ajoute à la liste croissante des faux pas géopolitiques du pays. Cela provoque non seulement les pays voisins, en particulier la Somalie, mais risque également de s’aliéner les principaux partenaires internationaux qui sont cruciaux pour la survie économique de l’Éthiopie.
En outre, l’alignement sur le Somaliland pourrait être considéré comme un soutien implicite de l’Éthiopie à sa revendication d’indépendance, une position qui remet directement en question l’intégrité territoriale de la Somalie. La Somalie, qui considère le Somaliland comme faisant partie de son territoire souverain, a vivement réagi contre cet accord. Cela pourrait potentiellement exacerber les tensions entre l’Éthiopie et la Somalie, et pourrait même attirer d’autres acteurs régionaux, augmentant ainsi le risque d’un conflit plus large.
Les retombées potentielles de cet accord s’étendent au-delà des relations diplomatiques. La tension accrue pourrait effrayer les investisseurs étrangers, méfiants face à l’instabilité et à l’imprévisibilité de la région. Pour l’Éthiopie, qui a cruellement besoin d’investissements étrangers pour sa croissance économique et son développement, il s’agit là d’un résultat contre-productif.
En outre, la possibilité d’un conflit régional, dans lequel des pays comme l’Érythrée pourraient soutenir la Somalie contre le Somaliland et l’Éthiopie, s’ajoute à la situation déjà complexe et instable dans la Corne de l’Afrique. Un tel conflit pourrait avoir des conséquences désastreuses, déstabiliser davantage la région et conduire à une crise humanitaire.
En conclusion, l’accord entre l’Éthiopie et le Somaliland, considéré dans le contexte de conflits ethniques internes, de préoccupations en matière de droits de l’homme et d’une situation économique précaire, reflète un pari risqué de la part du régime d’Abiy Ahmed. Même si la quête d’un accès à la mer Rouge est compréhensible, la méthode et le calendrier soulèvent de sérieuses questions sur les priorités du gouvernement et sa compréhension des dynamiques régionales. Cette décision pourrait exacerber les défis de l’Éthiopie, tant au niveau national qu’international, conduisant potentiellement à un isolement supplémentaire, à des difficultés économiques et à une instabilité accrue. Le gouvernement devrait plutôt se concentrer sur la résolution de ses problèmes internes, sur la stabilisation de l’économie et sur la promotion d’un environnement national plus inclusif et plus pacifique.






